EFACILT et A34 : mieux comprendre l’effet barrière sur la faune
Entre 2020 et 2024, le programme de recherche EFACILT, piloté par l’université de Reims (CERFE), a étudié l’impact de l’autoroute A34 et du canal des Ardennes sur les déplacements de la faune dans le massif de l’Argonne. Les résultats montrent que, par endroits, l’A34 agit comme une véritable barrière pour plusieurs espèces. À La Francheville, la DIR Nord a déjà pu engager un premier aménagement concret pour améliorer la situation.
Un diagnostic scientifique multi-outils
Pour comprendre ce qu’il se passe, les chercheurs ont croisé quatre méthodes complémentaires :
- Analyses génétiques pour mesurer l’isolement des populations.
- Suivi par colliers GPS pour enregistrer le comportement des animaux à l’approche des voies.
- Surveillance photographique de 30 ouvrages d’art (ponts, buses …).
- Analyse de l’accidentologie (collisions et noyades).
L’A34 : une barrière physique et génétique marquée
Les résultats sont sans appel concernant l’autoroute A34. Par endroits, l’infrastructure crée un effet barrière “marqué” voire “sévère” pour le cerf et le sanglier. Les analyses génétiques révèlent deux profils de populations distincts de part et d’autre de l’autoroute, prouvant que le brassage génétique est quasi nul pour ces espèces.
Si le chevreuil et la martre parviennent à utiliser plus aisément les ouvrages, l’A34 exerce tout de même un effet filtre significatif, perturbant leurs déplacements de dispersion.
Qu’est-ce qu’un « effet barrière » ?
On parle d’effet barrière quand une infrastructure empêche (ou limite fortement) le passage des animaux d’un côté à l’autre, ou ne laisse passer qu’une petite partie d’entre eux.
Même si l’on voit parfois des cerfs ou des sangliers traverser, si seuls quelques individus passent sur le long terme, les populations de part et d’autre peuvent finir par ne plus se mélanger.
L’enjeu est aussi génétique :
- quand deux groupes d’animaux ne se croisent plus, ils se reproduisent « entre eux » sur une zone réduite,
- la diversité génétique baisse,
- les populations deviennent plus sensibles aux maladies, aux changements du milieu, et peuvent à terme s’affaiblir.
À La Francheville : rouvrir un passage naturel
Sur le secteur de La Francheville, les études ont mis en évidence un point particulièrement bloquant : Le suivi GPS de chevreuils et de sangliers a révélé que les animaux s’approchaient des ouvrages de franchissement sans jamais les traverser.
Une prospection sur le terrain a identifié la cause : la présence d’un ancien grillage résiduel de l’ancien tracé de l’autoroute. Ce grillage, devenu inutile depuis la mise en service du nouveau tracé, agissait comme un verrou bloquant l’accès aux passages naturels.
En janvier 2026, la DIR Nord a donc fait retirer environ 300 mètres de grillage et de clôtures en fils barbelés à ce niveau, pour rouvrir un passage naturel déjà emprunté par la faune et sans gêne pour les usagers.
Un point sur site avec le chercheur et les équipes est prévu afin de vérifier, par de nouveaux suivis, si ce passage est désormais mieux utilisé.
Et après ? Des pistes pour aller plus loin
Sur la base d’EFACILT, plusieurs pistes sont à l’étude :
- adapter certains ouvrages pour qu’ils soient plus accueillants pour la faune (végétalisation, occultations, continuité de couvert forestier, etc.),
- et, à plus long terme, la construction ciblée d’un écopont dans la zone de la forêt de Villers-le-Tourneur, là où l’analyse des données montrent que les animaux tentent régulièrement de franchir l’A34.
Ces décisions s’appuieront sur les résultats complets de la thèse en cours et des articles scientifiques à venir.
Améliorer l’intégration environnementale des infrastructures routières et contribuer au maintien, voire à l’augmentation de la biodiversité fait partie des grands enjeux stratégiques qui guident l’action de la DIR Nord depuis sa création, et n’est pas incompatible avec sa mission première : d’assurer la viabilité du réseau et des flux de mobilité. Le partenariat engagé avec le CERFE autour d’EFACILT s’inscrit pleinement dans cette logique, en reliant les constats scientifiques aux aménagements très concrets sur le terrain.